Pour une fois que tu es beau

Pour une fois que tu es beau - Marionnettes en chemins 2018Pour une fois que tu es beau - Marionnettes en chemins 2018Pour une fois que tu es beau - Marionnettes en chemins 2018

Petit castelet, commenté en direct par un piano comme un vieux film muet. Petite fenêtre qui en montre beaucoup, comme un cadrage cinématographique posé dans un décor bien plus grand. Petite ouverture dans le mur du tabou qui donne accès à une scène intime sur plusieurs plans. Dans le fond deux vies qui se mêlent et s’entrecroisent, d’une naissance à une vieillesse, un des liens les plus puissants et les plus durables de l’existence. Relation mère-fils.

Parent-enfant. Féminin-masculin. Dominant-dominé qui tend à devenir inversement proportionnel avec les années, sans y parvenir vraiment. Deux personnages marionnettiques aussi beaux sur scène qu’ils sont affreux dans le texte. Relation malsaine basée sur l’absence d’amour maternel, qui nourrit un manque affectif dévastateur. La porte ouverte à toutes les fenêtres.

Mère abusive, intrusive, envahissante, perverse, manipulatrice, castratrice, violente. Fils influençable, en constante recherche d’approbation, brisé, perdu. L’un grandit et tente de se construire, l’autre rétrécit et gagne de moins en moins de batailles. Mais le lien est toujours là, immuable, imprimé au fer rouge, invisible. Parce qu’un amour tordu, malsain, destructeur est une prison dont il est très difficile de s’échapper, si tant est qu’on le veuille. Est-ce que ça vaut mieux que pas d’amour du tout ?

On rit jaune quand l’horreur atteint le grotesque, on tremble quand sont évoqués la zoophilie, le viol, l’inceste. Mais on reste difficilement indifférent ou insensible face à ces personnages complexes sans être attachants, glaçants sans être insupportables. Ni humains, ni monstres. Ou peut-être un terrible mélange des deux.

C’est l’histoire d’une mère monstrueuse, qui parvient à transmettre à son fils absolument tout ce qu’elle est. Quelle est la proportion de ce qui nous construit qui vient de notre relation avec nos parents ? Un pervers rend-il pervers ? Doit-on voir d’abord un monstre, ou une mère ? L’homme est-il un monstre ou bien le monstre est-il un homme ?

Erwan G.