Fête des Hortillonnages

Camon – 3 juin

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Un dimanche de juin, dans un immense jardin public composé d’une myriade de jardins privés. On chante dans les canots sur les canaux, on célèbre l’arrivée de l’été, il fait très chaud, on fait la fête au bord de l’eau. Marais apprivoisés, chemins de halage qui serpentent au fil du temps, la nature devient jardin sous la main de l’Homme et les hortillonnages accueillent des marionnettes pour un temps.

On vient flâner et se détendre, et on est interpelés par la voix des Nadines, qui viennent nous chercher pour nous embarquer dans une drôle de promenade. A mi-chemin entre une ballade entre amis et un voyage de groupe organisé – ou presque – on prend le temps d’admirer le paysage, les fleurs, les canetons qui passent, on déclame des vers dédiés au jardin, on suit ces guides plus drôles et tendres qu’efficaces, ils nous amènent avec douceur et poésie sur le bon chemin.

Et puis au détour d’une courbe sablée on découvre une marionnette et sa sœur siamoise, dans leur grand manteau bleuté. Elles en sortent le seul nuage visible de la journée. On s’assied sur les berges couvertes d’herbe pour laisser les vélos passer. Après le canal, la scène. Amphithéâtre naturel et spontané.

Un peu d’Histoire entre deux îlots de poésie. On raconte les marais de leur domestication à aujourd’hui. On apprend, on écoute, on apprécie. On découvre le lieu sous un autre angle, le fil du temps se mêle à celui de l’eau. Et nous voilà repartis.

Un autre jardin est habité par une marionnette pleine d’amour et par sa fiancée. « Que faites vous dans la vie ? Moi j’apprends des choses, et j’aime Chloé. » Des roses, des fleurs de pêcher, des orchidées de papier viennent fleurir l’herbe verte, ainsi que de maudits nénuphars dans les poumons de la marionnette.

Un peu plus loin encore on entend le son rond et doux d’une clarinette. On façonne un visage dans le sable comme un fœtus est ébauché dans le ventre de sa mère: au départ il n’y a rien, et il faut du temps pour faire naître quelque chose qui ait forme humaine. Du temps qu’on ne laisse plus à rien dans une époque où tout va trop vite. Prendre le temps de laisser le temps au temps, donner le temps aux choses de se construire.

Et on repart en ayant conscience que jamais on n’aurait pu visiter les hortillonnages de cette façon, et que jamais plus on ne les visitera comme ça. Parce qu’on a pris le temps de découvrir quelque chose qui n’est arrivé qu’une fois, et que cette fois là nous étions là. Et on remonte le fil du temps pour retourner à la fête et la reprendre là où on l’avait laissée, comme s’il s’était arrêté pendant que nous marchions. Détour onirique mais pas illusoire, visite éphémère.