CABARETS MARIONNETTIQUES

Tous les voisins sont invités, chacun a ramené un petit quelque chose à manger, toutes les pièces de la maison sont optimisées, le jardin commence à s’animer, toujours placés sous le signe de la convivialité les cabarets peuvent commencer. On mange, on boit, on papote, on traverse les lieux de petite forme en petite forme, et on re-grignote. Parfois on verse une larme émue, parfois un rire nerveux nous prend la gorge, mais toujours on applaudit et on repart avec une brassée d’images fortes.

L’amour. Le mariage. Les enfants, la maison, le chien. L’image type du bonheur stéréotypé. Home Sweet Home, Maison Sucrée Maison. Mais après les premiers temps sans accrocs viennent les premiers nuages. Et plus le temps passe plus il est difficile de garder intact ce que l’on a construit ensemble, sans que quoi que ce soit s’effrite.

L’amour. Que l’on porte à un mari défunt, injustement abandonné par ses enfants. Que l’on porte aussi, même s’il est différent, à des enfants ingrats, responsables de la mort de leur père. Une situation impossible à tenir pour leur mère, dont le corps liquide et l’esprit fragile se désagrègent au fil du temps. Comment vivre avec le fait que la personne qu’on aime ait été tuée par des personnes qu’on aime également et que l’on a engendrées ?

L’amour. Légendaire et éternel, celui de Juliette et de son Roméo. Toute l’histoire dans une coquille de noix, racontée par un seul personnage à deux visages. Moitié Roméo, moitié Juliette, un duo étrange et un peu fou dont le corps unique n’est pas une prison et pour lequel chaque coeur amoureux est un peu de Roméo et un peu de Juliette.

L’amour. Ou l’amitié. L’attachement qui pousse à agir urgemment lorsque l’autre est en danger et à regretter toute sa vie lorsqu’une erreur est chère payée. L’os qui est resté coincé dans la gorge de Ludo a bien failli lui coûter la vie. « On fait des choses sans y penser. Après on regrette, on se dit « qu’est-ce que j’ai fait ? » J’ai appuyé. » En voulant le sauver, il l’a probablement achevé. Pour de vrai ?

L’amour de soi. La conscience. Le dilemme causé par la liberté et l’angoisse qui en découle pour tout être humain. Quelles sont les limites imposées par le corps ? Existe-t-on à partir du moment où on peut se définir ou doit-on d’abord exister pour être en mesure de se définir ? Petit tableau philosophique interprété par une marionnette métamorphe en quête d’identité.

L’amour. Tout le contraire de ce que l’Enfant Méduse a connu. Elle qui décide de faire de sa souffrance un moteur, de ses peurs une force, de devenir une gorgone au regard assassin pour tuer l’Ogre, venger les enfants qui, comme elle, sont tombés sous sa coupe et l’empêcher de nuire encore. Petite poupée de tissus fragile qui perd ses membres, devient le bourreau impitoyable du géant anéanti, sa némésis aux boucles rousses et au masque au regard de braise.

L’amour. Celui d’une grand-mère et de sa petite fille, avant. Souvenirs contenus dans une petite valise, mémoire imprimée dans les objets de l’enfance. A l’époque où elles vivaient ensemble dans cette maison, près de la mer. La mer qui monte, qui prend mais qui ne rend pas et qui redescend, emmenant avec elle tant de choses précieuses. La mer qui regorge de mystères, aussi, et qui est toujours si belle, quel que soit le temps. Animation poétique, qui prend le temps de se souvenir de ces instants précieux, voués à être emportés par la marée.

Dessins: L O K I